L'inspiration du Sento spa : onsen ou sento?
On distingue deux types d'établissement offrant des services thermaux au Japon, les sento et les onsen. Comme notre nom l'indique, on pourrait penser que nous serions plus proche des sento. Cependant, c'est plutôt un alliage des deux!
Sento désigne les maisons de bains publics situées en ville. Leur eau n’est pas toujours issue d’une source thermale, même si c'est parfois le cas. Établis dans des zones profitant d’une haute activité géothermique, les établissements avec onsen exploitent une source naturelle d’eau chaude reconnue pour ses qualités minérales. La dénomination de onsen est donc en lien avec la qualité minérale de l'eau, obtenue par certification officielle, qui peut être assez coûteuse.
Ainsi, ce qui diffère dans ces deux types d'établissement, c'est la présence d'une eau aux propriétés curatives et surtout, l’aménagement et le design. Les bassins des onsen sont en général faits de matières naturelles, comme le bois et la pierre, et sont parfois même de facture très rudimentaire. Ils sont en général directement creusés dans la roche, ou bien d'une conception qui nous le rappelle. Ils offrent une véritable expérience en communion avec la nature, établis le plus souvent à l'extérieur. Certains sont intérieurs, mais auront souvent un lien rappelant leur origine naturelle : ouverture vers l'extérieur, matières naturelles. On peut trouver cependant dans les villes thermales des établissements hôteliers très modernes et luxueux, avec des bassins de facture moderne.
En ce qui concerne les sento, le lien à la nature y est beaucoup plus ténu. Situés en ville, ils sont de véritables bains publics, avec espace de lavage et espace de bains chauds clairement distincts. Les règles et les codes en matière d'hygiène et d'usage sont beaucoup plus exigeants. On y trouve parfois des stations thérapeutiques : jets massant très puissants, bains électriques, courant. Les bassins des sento sont le plus souvent réalisés avec de la céramique, même si le bois et la pierre y figurent parfois. Le lien à la nature y reste cependant important, mais de façon représentative : des fresques murales représentant le mont Fuji, quelques plantes et aménagements zen derrière une baie vitrée. On peut y trouver des bassins extérieurs, mais c'est beaucoup plus rare.
Au Sento spa, bien que nous n’ayons pas accès à une source naturelle d’eau chaude, nous nous inspirons beaucoup de l’esthétique des onsen. Nous privilégions le bois, la pierre et accordons beaucoup d'importance à l'aménagement paysager et la végétation. L'environnement naturel et la présence de végétation nous semblent offrir un cadre idéal pour se ressourcer.
Intérieur d'un sento à Tokyo. Image : Jean-Philippe Devaux.
Tokyo, rencontre avec Stéphanie Crohin, ambassadrice des sento
C'est cependant sur la thématique du sento que notre séjour a commencé.
Nous avons passé quelques jours dans la ville de Tokyo afin de rencontrer Stéphanie Crohin, une Française établie au Japon depuis 14 ans et auteure de plusieurs livres sur les sento.
Dès ses premières années de vie au Japon, Stéphanie a véritablement adopté l'habitude du bain, un élément important de la culture japonaise. Aujourd'hui, les sento sont devenus pour elle un véritable projet de vie. Comme Stéphanie l’explique dans son dernier ouvrage, les sento l’ont aidée à traverser des moments difficiles de sa vie d'expatriée. Alors que son expérience de travail dans une entreprise japonaise était extrêmement éprouvante, un petit séjour au sento le soir après le travail, lui apportait beaucoup de réconfort. Dans l’espace du bain, elle retrouvait une petite communauté, loin des normes et des codes hiérarchiques du travail, un univers bienveillant tant pour le corps que pour l’esprit. Depuis 2014, Stéphanie voyage à travers l’archipel pour découvrir les sento et aller à la rencontre de ses propriétaires. Elle s’implique dans la promotion de ces établissements, qu'elle considère comme des petits musées, par le biais de l’association des sento, en écrivant des livres et en publiant des articles sur les réseaux sociaux. Elle a su éveiller le public à l’importance de préserver ces lieux menacés de disparition. En effet, le véritable sento traditionnel peine à survivre. L' entretien et la gestion quotidienne de ces établissements exigent énormément de travail et leurs propriétaires, parfois trop âgés, manquent de jeune relève, découragée par l’ampleur du travail. Les plus vieux établissements demandent des travaux de modernisation extrêmement coûteux que peu de gestionnaires peuvent se permettre. Beaucoup de ces maisons de bains se maintiennent en activité sans véritable rentabilité et subsistent grâce à des subventions pour continuer à offrir leurs services à prix modique à la communauté locale et préserver une tradition. Cependant, les revenus ne peuvent couvrir les frais encourus pour leur entretien et leur rénovation. La pratique du bain est pourtant une activité encore ancrée dans le quotidien des Japonais et il semble que leur fréquentation retrouve même un regain d’intérêt. Quelques propriétaires se lancent dans l’aventure et entreprennent la modernisation des bassins, apportant même quelques innovations thérapeutiques, tout en maintenant l'atmosphère traditionnelle du lieu. Le travail de Stéphanie n'y est certainement pas pour rien!
À la fin des années 1960, on comptait 18 000 établissements dans le pays, alors qu’aujourd’hui il n’y en aurait plus que 2000. Pour Tokyo, dans les années 1970, on comptait 2700 sento, et en 2019, plus que 520.
Dans son livre, Stéphanie décrit les coulisses du sento. Elle montre comment la gestion de ces anciennes maisons de bain présente tout un défi pour les propriétaires, qui sont des personnes extrêmement dévouées et conscientes d'oeuvrer pour le maintien d'une tradition. Elles conservent tout un savoir-faire quant à leur entretien et sont conscientes d’être les gardiennes d’un patrimoine.
Certains sento trouvent une seconde vie en accueillant dans leurs murs un autre type d'activité commerciale ou culturelle. C'est comme cela que nous avons pu déguster un bon matcha dans un vieux sento réaménagé en café.
Comptoir de café installé dans la zone des ablutions d'un ancien sento, Miyano-Yu à Tokyo
Stéphanie nous a permis de rencontrer un propriétaire de sento particulièrement impliqué dans l'association des sento de Tokyo. Il nous a partagé ses connaissances, expliqué le fonctionnement technique des bains et fait part de quelques innovations thérapeutiques.

Rencontre avec Yanagisawa-San, propriétaire du sento Myoho-Yu
Découverte de l'île de Kyushu et de ses onsen
L'île de Kyushu regorge de villes et villages thermaux. Au cœur des montagnes, ces petits bourgs traditionnels qui sentent bon le soufre, offrent une panoplie de petites auberges, des plus simples aux plus distinguées pour accueillir les voyageurs avec bien sûr, la possibilité de s'immerger dans un bain riche en minéraux aux vertus curatives. Une véritable tradition hôtelière s’est ainsi élaborée au cours du temps, basée sur l'offre du bain, du repas et du coucher.
On trouve différents types d’établissements : des onsen rudimentaires établis en pleine nature, sans offre de nuitée ou de repas, offrant un simple accès à une source exploitée de façon minimale, des onsen traditionnels avec auberge de type ryokan, représentatifs de la culture thermale japonaise et des établissements plus luxueux et modernes, plus élaborés architecturalement.
Onsen rudimentaires en pleine nature
Même si les onsen sont devenus de véritables établissements touristiques, aménagés selon des règles bien précises, ils témoignent d'une culture thermale ancestrale. Signifiant littéralement source d'eau chaude naturelle, ils étaient à l'origine associés à la fréquentation d'un temple. Dans la philosophie shintoiste, le lavage du corps matériel a toujours été associé à la purification de l'esprit. La culture thermale japonaise exprime le rapport indéfectible entre l'homme et la nature et offre une expérience qui permet de renouer avec les éléments de la nature : la terre, l'eau, le feu.
Certaines sources restent exploitées par des familles dans cet esprit de simplicité. On y paie quelques centaines de yens pour profiter de bains sommairement aménagés au coeur de la nature. Nous avons pu en visiter un, situé sur les hauteurs de Beppu, dans le quartier volcanique de Myōban. On n’accède pas directement aux bains : après l’accueil, il faut marcher quelques minutes sur un sentier en pente, au coeur d'une forêt de bambou. On trouve alors une petite cabane extrêmement rustique pour se déshabiller, avant de se plonger dans une source thermale à 40-42 degrés celsius. L'établissement propose plusieurs bains dispersés le long d’un ruisseau, dont l'un à l'eau sulfureuse laiteuse, un bain sous cascade avec effet de massage naturel, un bain de boue riche en minéraux et un bain de pieds pour se reposer. L'expérience est totale : un véritable bain de nature, associé aux bienfaits de l'eau thermale. Cette simplicité des aménagements permettent de goûter à la saveur brute du onsen : retrouver le lien à la nature, une expérience que les établissements plus élaborés et aménagés offrent sous une forme plus confortable et organisée.

Onsen aménagé en pleine nature à Beppu, au Yuyama no Sato
Eau sulfureuse d'aspect laiteux
Onsen traditionnels
Le village thermal de Kurokawa est réputé pour son offre diversifiée d'auberges, toutes munies de onsen. On y trouve quantité d'établissements représentatifs de cette offre hotelière un peu plus élaborée que le onsen établi en pleine nature. Les bassins sont tout simplement creusés directement dans la roche, mais présentent tout de même un certain effort d'aménagement. Ils témoignent d'un certain compromis entre la nature et l'esthétique traditionnelle.

Le plus souvent, ils sont gérés par un établissement hôtelier, de type ryokan. Tout le nécessaire est fourni, yukata, serviettes, savon, et repas gastronomiques. On peut y trouver des petits onsen privatifs reliés à chaque chambre. Il s'agit d'un petit bassin aménagé face à une vue sur la nature.
Onsen d'un hotel un peu plus moderne. Cependant, les bassins sont réalisés de façon traditionnelle. La vue sur les paysages luxuriants de Kyushu remplace les aménagements.
Onsen modernes
Avec le développement du tourisme, beaucoup d'hôtels modernes, à grande capacité se prévalent de bassins élaborés, conçus selon des architectes. Ces établissements offrent une expérience de luxe basée sur les standards des grands hôtels internationaux. La pierre et le bois peuvent y rester présent, mais ils cohabitent avec des matériaux à la facture plus moderne.

Retour, des idées plein la tête
Ce petit voyage au Japon nous a permis de rassembler et structurer des idées pour des décennies! Il faudra pourtant se résoudre à n'en réaliser qu'une partie, un petit peu à la fois, goutte à goutte! Alors, à quoi ressembleront les prochaines installations du Sento Spa? Nous avons beaucoup aimé l'offre thérapeutique des sento. Beaucoup de recherche et d'innovations dans ce domaine se développent au Japon et ce que nous avons pu tester et apprécier nous a beaucoup marqués. Par contre, la beauté et l'environnement des onsen offrent un cadre et un sentiment de communion avec la nature. Il semblerait qu'on trouve prochainement une belle création, à mi-chemin entre le sento et le onsen à Sento spa!
Pour en savoir plus sur Stéphanie Crohin :
https://www.leslibraires.ca/auteurs/stephanie-crohin-kishigami-131028
https://dokodemosento.com/about-me/